La notation
Texte élaboré au Congrès du GFEN du Mans en 1990
(GFEN : Groupe Français d’Education Nouvelle)
Objection de conscience Ă la notation.
La notation ne peut pas être autre chose qu’un outil d’exclusion parce qu’elle introduit de fait et quoi qu’il en soit une hiérarchie entre les hommes. Elle fait croire que le savoir peut être produit achevé. Elle nie la place de l’erreur, inséparable des processus de construction du savoir. Elle ne dit rien de ce qu’est apprendre et pis, elle empêche la possibilité de conceptualiser ce qu’est l’acte d’apprendre. Elle isole, empêchant de penser le savoir comme création collective.
Supposer que sans la notation-carotte ou sans notation-bâton le travail ne se fait pas implique qu’apprendre ne saurait être que pénible ou ennuyeux, et on occulte le désir et le plaisir de créer. Dans sa fonction de pronostic, elle ferme l’avenir et stérilise les potentialités illimitées de transformation que les enfants portent en eux.
Dans la mesure où elle prétend mesurer le mérite, elle amène une soumission à l’autorité, une docilité, une culpabilisation, une hypocrisie, un individualisme exacerbé pour la compétition individuelle, pour la bonne note, pour la bonne place. Elle est un des outils privilégié de la ségrégation. Elle touche l’image narcissique des parents qui la renforcent dans un jugement étendu à la famille.
Parce que nous refusons la notation des élèves nous affirmons la nécessité d’une évaluation, la seule évaluation qui soit constitutive des processus d’apprentissage : la lecture des possibles ouverts, parce que le regard délibérément positif sur l’autre est une nécessité pour qu’il puisse s’engager dans une action de transformation de lui-même.
Supprimer la note, c’est rendre possible le processus par lequel l’individu se met à penser lui-même ses productions, à évaluer lui même ses actes, bref à s’émanciper.
Si elle concerne en premier lieu les enfants, la note touche aussi les éducateurs qui, eux-mêmes mis en tutelle par leur propre notation et évaluation hiérarchique, aspirent au contraire à l’apprentissage vécu de l’autogestion dans une équipe solidaire et responsable.
En conséquence nous nous interdisons toute note et classification hiérarchique. Nous appelons à l’objection de conscience à la notation.