Les proviseurs manifestent pour “une meilleure reconnaissance” - Le Monde - 25 novembre
Proviseure du lycée hôtelier François-Rabelais à Dardilly (Rhône), Isabelle Gouleret se prépare, ce jeudi 23 novembre, à manifester dimanche, à Paris, à l’appel du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN), qui représente 69 % de la profession et dont elle est la responsable académique.
Pourquoi un dimanche ? “On ne peut pas manifester un autre jour, s’exclame-t-elle. Sinon, qui serait responsable de nos Ă©lèves ?” Un tiers des 13 000 proviseurs de lycĂ©e et principaux de collège sont attendus au dĂ©filĂ©, en direction du ministère de l’éducation nationale. Leur prĂ©cĂ©dente mobilisation remonte Ă douze ans : le 27 novembre 1994, ils Ă©taient 6 000 pour protester contre la condamnation d’un proviseur et d’un intendant Ă la suite du dĂ©cès accidentel d’un lycĂ©en.
Cette fois, pas de contexte dramatique, mais une exaspĂ©ration gĂ©nĂ©rale. Impossible d’isoler une revendication-clĂ© parmi les mots d’ordre : “des moyens pour nos missions”, “des responsabilitĂ©s clarifiĂ©es”, “des personnels qualifiĂ©s plus nombreux et non prĂ©caires”… C’est avant tout une exigence de “reconnaissance” qui s’exprime.
“L’an passĂ©, nous avons connu des moments très durs, avec les violences en banlieue, puis avec la crise du CPE (contrat première embauche). Nous avons terminĂ© l’annĂ©e Ă©puisĂ©s”, rappelle Mme Gouleret.
“Rabelais” est le quatrième poste de direction de cette ancienne enseignante en histoire-gĂ©ographie. Le lycĂ©e, qui forme aux mĂ©tiers de l’hĂ´tellerie, de la restauration et de l’alimentation accueille un millier de jeunes et a des allures de campus : huit bâtiments, rĂ©cemment rĂ©novĂ©s, dans un parc de plusieurs hectares. L’ensemble ne lui laisse aucun rĂ©pit et rarement le temps de terminer une phrase. En parallèle avec son agenda, Isabelle Gouleret tient un cahier comportant, dit-elle, “tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire, mais que je dois faire quand mĂŞme”.
A quelques kilomètres de lĂ , adhĂ©rente au mĂŞme syndicat, Marie-Bernadette Buffarot-Lathuille exerce le mĂŞme mĂ©tier dans un tout autre univers : elle est la principale du collège des Gratte-Ciel, qui accueille 800 Ă©lèves dans le centre de Villeurbanne. Un quartier oĂą la mixitĂ© sociale est rĂ©elle, mais “avec des soucis”, notamment des tensions “communautaires”.
ArrivĂ©e Ă la rentrĂ©e, forte de ses vingt ans de mĂ©tier, dont onze ans de professorat en mathĂ©matiques, elle veille au grain. “Pour moi, la violence, c’est to-lĂ©-ran-ce zĂ©ro !” MĂŞme la violence symbolique : une des anecdotes du jour est qu’un Ă©lève en a soulevĂ© un autre plus petit pour le placer dans une poubelle de la cour. Convaincue que l’offensĂ© l’a bien cherchĂ©, la principale sanctionne, fausse colère Ă l’appui.
Mais elle ne fait pas que sanctionner : “Je reçois beaucoup les Ă©lèves et les parents, j’explique beaucoup, je fais de l’éducatif.” Elle se consacre aussi Ă monter des projets et Ă organiser la concertation au sein de l’équipe. C’est lĂ que le bât blesse : l’alourdissement des tâches - “que personne au ministère ne prend en compte”, dit-elle - ne lui laisse pas assez de temps pour l’animation pĂ©dagogique.
Le collège emploie un grand nombre d’emplois vie scolaire (EVS), des jeunes en contrat aidĂ© qui dĂ©chargent les personnels d’établissement de certaines tâches. “Nous sommes ainsi devenus employeurs privĂ©s, en relation avec l’Urssaf, les Assedic, l’ANPE, etc., alors que nous n’avons pas la formation pour cela” dĂ©plore Mme Buffarot-Lathuille.
Pendant qu’elle parle, un bruit inhabituel, provenant de l’entrĂ©e, parvient Ă ses oreilles : la principale se propulse hors de son fauteuil, avant d’éclater de rire. Fausse alerte. “Il y a une chose que vous pouvez dire, c’est Ă quel point j’aime mon mĂ©tier”, dit-elle. Avant de se reprendre, s’inquiĂ©tant d’avoir laissĂ© percer son plaisir, au dĂ©triment du rĂ©el mĂ©contentement qu’elle partage avec ses collègues.
Accéder au site du journal Le Monde