FCPE Finistère

Les programmes sauce Robien rejetés - l’Humanité - 7 avril 2007

Éducation . Le Conseil supérieur de l’éducation a fustigé hier les principales réformes du ministre. Celles-ci seront tout de même mises en oeuvre.

Rejetés… mais quand même appliqués. Les nouveaux programmes de l’école primaire et du collège ont été retoqués, lundi, par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE). Instauré par la loi d’orientation sur l’école (dite loi Fillon), le CSE rassemble les représentants de la communauté éducative et a été spécifiquement chargé d’adapter les programmes au socle commun de connaissances et de compétences, prévu par cette même loi. Mais son avis n’est que consultatif et les arrêtés, quoique repoussés un à un, devraient être publiés dans un prochain Bulletin officiel, « éventuellement amendés », a déclaré le ministre à l’AFP. Les textes devraient donc être appliqués dès la rentrée prochaine.

Pour le primaire, il s’agit, entre autres, de rendre obligatoire quinze minutes de calcul mental par jour et de formaliser l’apparition d’une langue vivante dès le CE1, à raison d’une heure et demie d’apprentissage par semaine. Repoussé à une large majorité (41 voix contre, 6 voix pour), l’arrêté a été jugé démagogique. « Nous sommes absolument d’accord avec l’idée d’enseigner une langue dès le CE1, explique ainsi Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat de l’enseignement primaire. Mais rien n’est prévu l’an prochain pour que cela soit mis en oeuvre. Nous refusons d’afficher quelque chose qui n’existera pas. »

Sur les quinze minutes quotidiennes de calcul mental, c’est « le ridicule » de la directive qui est fustigé. « Fixer à la minute près la pratique d’un exercice est absurde, poursuit l’enseignant. Pourquoi ne pas le faire pour chaque activité, dans ce cas ? » Surtout, cela va à l’inverse des programmes fixés en 2002, lesquels établissent justement le principe des « fourchettes horaires » - entre cinq et six heures de maths par semaine, entre neuf heures et dix heures de grammaire - de façon à permettre aux professeurs de s’adapter au niveau de la classe ou à son organisation. « L’évolution des programmes est une chose sérieuse. Elle ne peut s’appuyer sur les lubies du moment, comme imposer l’apprentissage de 365 mots nouveaux chaque année », déclarait encore le SNUipp, à l’issue de la réunion, visant, cette fois, le décret sur l’apprentissage du vocabulaire. Rejeté, lui aussi, de même que celui sur l’enseignement des quatre opérations dès la maternelle, parce qu’ils privilégient « l’accumulation » des savoirs « plutôt que leur compréhension ».

Concernant le collège, ce sont les modifications des programmes de sciences et de langues vivantes qui ont été repoussées. Là encore, il s’agit d’adapter ceux existants au socle commun. Ainsi, en langues, où l’évaluation se ferait désormais en termes de niveau de compétences (B1, B2, A2…), calqués sur le modèle européen. C’est, cette fois, le risque d’un enseignement à deux vitesses qui est pointé par la communauté éducative. « Le niveau B1, exigé par les programmes de fin de troisième, nécessite trois cents heures d’enseignement de plus que le niveau A2 exigé pour le socle commun », a ainsi expliqué à l’AFP Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-UNSA, deuxième force syndicale. « Or, tout le monde sait, même l’inspection générale, que seulement une très petite minorité d’élèves pourront y arriver. L’écart entre les programmes et le socle est trop important. »

Le CSE a refusé, enfin, d’inclure la note de vie scolaire (note de discipline) au brevet des collèges, de même qu’il s’est opposé au « livret de compétences », censé accompagner l’élève tout au long de sa scolarité. Tout cela n’aura, quoi qu’il en soit, que peu d’influence sur Gilles de Robien, visiblement décidé à achever la mise en oeuvre de la loi d’orientation sur l’école en même temps que son mandat de ministre de l’Éducation.

Marie-Noëlle Bertrand


Retrouver l’article sur le site de l’Humanité

Site réalisé par Julien Camblan et basé sur Wordpress.