FCPE Finistère

Des punitions bêtes et méchantes - L’Humanité - jeudi 22 novembre 2006

Par Sylvain Grandserre, maître d’école, militant pédagogique et syndicaliste.

A quoi tient la percée médiatico-ministérielle des antipédagogues de l’éducation ?

Depuis quelque temps, il est devenu presque impossible de traiter publiquement la question de l’École sans que ne surviennent des réponses hérétiques intempestives, d’une autre époque, pour ne pas dire d’un autre monde. Une vision archaïque de l’éducation encombre blogs, forums, livres, journaux, télés, radios, magazines ou simples réunions publiques. Cette rhétorique simpliste hérisse le poil des uns mais fait se tendre l’oreille des autres. À quoi tient la percée de ces antipédagogues auprès de parents déboussolés, d’animateurs en mal d’audimat ou d’enseignants parfois dépassés ? Il y a d’abord une troublante complaisance médiatique. Quand Françoise Laborde reçoit Jean-Paul Brighelli aux Quatre vérités (27 avril 2006 et 19 octobre 2006 !), elle ne précise pas que « Jean-Paul » la remercie… à la fin de son livre. Anne Guéry, elle aussi de France 2, filme les classes de Rachel Boutonnet (Sauver les lettres) et de Françoise Candelier (Savoir lire, écrire, compter, calculer), puis affirme : « quand je vais voir un enseignant, je ne connais pas son profil » (l’Hebdo du médiateur, 7 octobre 2006) ! Quel hasard. Ensuite, ces rustiques aux gros sabots, qui confondent volontiers rigidité doctrinale et rigueur professionnelle et qui prennent la souplesse pédagogique pour du laxisme, se présentent comme d’honorables et courageux « résistants ». Ils se conduisent surtout en zélés collaborateurs du pouvoir, exerçant leur lobbying auprès d’un ministère si perméable à leurs arguments qu’il tente de couper les propos et les têtes qui dépassent lors des garde-à-vous pédagogiques (cf. Les « affaires » Goigoux, Frackowiak, Meirieu ou Gombert). C’est ainsi que nos apocalyptiques pourfendeurs de « khmers rouges pédagogols » restent l’ultime soutien du ministre depuis le récent refus des scientifiques de cautionner le retour obligatoire de la méthode « syllabique » (F. Ramus, R. Brissiaud et vingt chercheurs, 20 octobre 2006). Ainsi, J-P. Brighelli, auteur de la Fabrique du crétin, après une émission où on fit semblant de l’opposer au ministre (l’Arène de France, France 2 le 6 septembre 2006) déclare : « Il y avait un jeu assez complice entre moi et de Robien, plus ou moins planifié d’avance. Le fait de nous mettre dans des camps opposés n’était que de la frime » (7 septembre 2006, site Bonnet d’âne). Quant à Marc Le Bris, auteur de Et vos enfants ne sauront pas lire… ni compter déjà reçu en 2004 par le ministre Fillon, il a pris la parole à la tribune de… l’UMP (journée de convention du 22 février 2006). Depuis, il a obtenu une subvention et une décharge pour la mise en place du fumeux SLECC. Ces soi-disant « tenants du savoir » ne savent pas se tenir. Leurs sbires insultent, menacent, intimident. Gilbert Sibieude, auteur de Apprendre à lire à la maison (sic), hurle : « Aux armes, citoyens ! Il faut que de nombreux opposants aillent faire la claque », aux débats de Philippe Meirieu car « c’est l’occasion de démolir un type qui devrait être jugé en cour d’assises pour crimes contre les enfants » (8 septembre 2006 site Lire-écrire). Dire qu’en janvier, Sibieude et Le Bris animaient des réunions publiques sous le patronage de l’association Familles de France ! Dans le même genre, SOS éducation lance dans la presse une campagne de délation pour signaler anonymement au ministère les… 93 % de maître(sse)s de CP qui ne font pas de la « syllabique » ! Enfin, jamais n’est affiché le prix à payer par les élèves pour supporter dressage et gavage. On se contentera de citer Rachel Boutonnet (citées par M. T. Maschino, Parents contre profs, Fayard 2002) : « Je demande à mes élèves de rester immobiles et attentifs en classe (…) Je ne crains pas qu’ils s’ennuient (…) Mes punitions sont bêtes et méchantes (…) Je hausse la voix très fort et je dis des choses assez terribles pour que mes élèves en restent cois (…) Je peux donner des tapes sur les fesses de ceux qui ne se décident pas à s’asseoir correctement. Je secoue parfois les épaules de ceux qui sont trop agités pour entendre les réprimandes ». Voilà comment de prétendus gens de gauche reçoivent un large soutien… des jeunes de l’UMP, du MPF de Villiers ou du MNR de Mégret. Il n’y a jamais eu dans notre pays aussi peu d’illettrés (cf. INSEE), de jeunes sans qualifications (moitié moins en vingt ans), jamais autant de bacheliers. On l’oublie parfois, même si de nouvelles exigences appellent à pousser beaucoup plus avant la réflexion et l’action pour démocratiser le système scolaire. Dans notre société en souffrance, l’École, rendue responsable de tous les maux, se voit saboter comme jamais ses moyens d’action et ses ambitions : voilà une évidence que l’on aimerait voir médiatisée bien davantage que ces nostalgiques qui regardent l’avenir en marchant à reculons.

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