Ouest France - 7 mars 2007
Marie-Laure Le Vaillant, parent d’Ă©lève, vient de recevoir un courrier l’informant que son fils ne toucherait pas de bourse scolaire « faute de crĂ©dit ».
Pas de bourse scolaire « faute de crédit »
La FĂ©dĂ©ration des conseils de parents d’Ă©lèves du Finistère parle de discrimination en faveur de l’enseignement privĂ©. L’inspection acadĂ©mique dĂ©ment.
« Aujourd’hui, l’Éducation nationale n’accorde plus de bourses provisoires aux Ă©lèves en difficultĂ©, faute de crĂ©dit. Et le comble, c’est que les Ă©lèves du public sont dĂ©favorisĂ©s par rapport au privĂ©. » Thierry Chancerel, prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration des conseils de parents d’Ă©lèves (FCPE) du Finistère, lance un pavĂ© dans la marre.
« Discrimination »
Ă€ l’origine de l’histoire : un coup de tĂ©lĂ©phone donnĂ© hier Ă l’inspection acadĂ©mique. « Une mère d’Ă©lève, qui Ă©tait Ă©ligible pour obtenir une bourse provisoire, a reçu un courrier lui disant que finalement, elle ne toucherait rien. Je demande donc des renseignements auprès du service concernĂ© et l’on me rĂ©pond qu’il n’y a plus d’argent. » Les raisons, rĂ©sumĂ©es par Thierry Chancerel sont les suivantes : les bourses provisoires ne sont pas obligatoires ce qui n’est pas le cas des bourses au mĂ©rite dont le financement a Ă©tĂ© Ă©tendu au printemps. RĂ©sultat : il n’y a plus de fonds. D’oĂą de nombreuses lettres de refus de bourses provisoires envoyĂ©es aux familles.
« Ce qui est choquant, c’est que dans la caisse rĂ©servĂ©e aux Ă©lèves du privĂ© il reste 13 000 €. Il est, paraĂ®t-il, impossible de piocher dedans pour rĂ©pondre aux demandes des Ă©lèves du public », s’insurge Thierry Chancerel. L’association de parents d’Ă©lèves parle donc de « discrimination ».
Selon la fĂ©dĂ©ration nationale, d’autres dĂ©partements seraient concernĂ©s comme la Loire-Atlantique et l’HĂ©rault. Dans un communiquĂ©, l’organisation prĂ©cise que « le ministère de l’Éducation nationale avait en effet promis des crĂ©dits supplĂ©mentaires pour financer l’extension des bourses au mĂ©rite attribuĂ©es de droit aux titulaires d’une mention bien et très bien au brevet. Le Finistère devait percevoir Ă ce titre 77 000 €… » Rien n’a Ă©tĂ© versĂ©. « L’inspection acadĂ©mique a Ă©tĂ© obligĂ©e d’Ă©puiser le budget des bourses classiques, attribuĂ©es sur dossier, pour financer les bourses au mĂ©rite. Pour les Ă©tablissements privĂ©s, la rallonge budgĂ©taire aurait bien Ă©tĂ© versĂ©e… »
« Aide ponctuelle »
Du cĂ´tĂ© de l’inspection acadĂ©mique du Finistère, on dĂ©ment ces affirmations. « Chaque annĂ©e, plusieurs dizaines de lettres de refus sont ainsi envoyĂ©es, dĂ©clare GrĂ©gory Chevillon, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral. Refuser une bourse provisoire n’est pas quelque chose d’exceptionnel. En fin d’annĂ©e 2006, nous n’Ă©tions pas en mesure de les payer. » Selon l’Éducation nationale, la bourse provisoire (1) n’est pas une bourse scolaire « classique ». Il s’agit d’une bourse accordĂ©e en cours d’annĂ©e lorsqu’il y a un changement brutal de la situation familiale ou que la demande se fait hors des procĂ©dures habituelles. C’est une aide ponctuelle, « ce qui n’est pas le cas des bourses au mĂ©rite, ajoute GrĂ©gory Chevillon. Par ailleurs, je prĂ©cise que les Ă©lèves du public ou du privĂ© sous contrat sont traitĂ©s de la mĂŞme manière. Il n’y a aucune discrimination. »
Mais pour cette mère qui vient de recevoir le courrier de refus pour son fils de 17 ans scolarisĂ© au lycĂ©e professionnel de Pont-de-Buis, la nouvelle est catastrophique. « Je suis divorcĂ©e et je travaille Ă mi-temps. J’ai trois fils dont l’un est interne en seconde professionnelle, prĂ©cise Marie-Laure Le Vaillant. Les frais d’internat s’Ă©lèvent Ă 552 € pour le 1er trimestre et 309 € pour le 2e. Je ne sais pas encore comment je vais les payer. »
Lucile VANWEYDEVELDT.
(1) Entre 200 et 300 dossiers de bourses provisoires obtiennent un avis favorable chaque annĂ©e sur l’acadĂ©mie de Rennes.
Ouest-France
Photographie : Béatrice Le Grand